La dysmorphophobie corporelle: une pathologie à ne pas négliger chez l’adolescent et le jeune adulte

Parmi les troubles liés à l’image de soi et de son corps, on pense souvent à l’anorexie ou la boulimie mais rarement à la dysmorphophobie corporelle. La chanteuse canadienne Béatrice Martin, plus connue sous le pseudonyme de « Cœur de Pirate » a récemment fait la lumière sur cette pathologie en révélant à ses 220 000 followers Instagram qu’elle en souffrait: « …j’en parle pas souvent mais mon BDD (NDLR: Body Dysmorphic Disorder) est bad des fois … tellement que mes vêtements m’étouffent/ je sors pas de chez moi ».

(Source: Instagram)

La dysmorphophobie corporelle: définition et prévalence

La dysmorphophobie se caractérise par des pensées excessives et une obsession d’un défaut imaginaire ou d’un petit défaut physique, dont la perception de la personne est complètement démesurée. La personne atteinte de dysmorphophobie a une mauvaise image d’elle-même. Ces manifestations obsessionnelles entraînent des attitudes négatives, voire néfastes pour la personne (pensée destructives, émotions incontrôlées, comportements disproportionnés, etc.). Ces dernières peuvent alors impacter la vie sociale, familiale et professionnelle du patient.

La dysmorphophobie est difficile à identifier car on peut facilement la confondre avec des complexes, surtout chez l’adolescent! Elle serait pourtant cinq fois plus fréquente que l’anorexie !

La dysmorphophobie est une pathologie psychiatrique qui apparaît entre 15 et 30 ans et plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Aux USA, on estime que c’est une pathologie assez commune avec une prévalence (nombre de malades relevé dans une population, à un moment précis) de 0.7-4%.

Les premiers symptômes apparaissent à l’adolescence mais le diagnostic est souvent fait vers la trentaine.

Le principal facteur de risque est l’abus émotionnel ou sexuel de l’enfance ou le harcèlement scolaire.

Ces idées fixes peuvent engendrer une dépression sévère ou des tentatives de suicide. Les individus souffrant de ces obsessions ont la certitude inébranlable d’avoir le visage ou une partie de leur corps monstrueux. Ils ont une image dégradée et déformée d’eux-mêmes et des craintes déraisonnables de rejet à cause de l’interprétation qu’ils font de leur apparence et du regard des autres. Ils demandent fréquemment à recourir à la chirurgie esthétique ou à la dermatologie.Les malades peuvent rester un temps considérable en face d’un miroir pour tenter de se rassurer mais l’effet est souvent pervers.

Parfois, un échec, une rupture ou une trahison amicale conduisent un individu jeune à se focaliser sur un défaut et à se persuader qu’il est la cause de toute sa souffrance. Le détail physique devient l’argument pour refuser les relations avec les autres, surtout quand il s’agit de séduire. Chez l’adolescent, la dysmorphophobie s’enracine également dans la peur de la sexualité. Leur défaut ou laideur imaginaire leur permettra de se protéger de la confrontation aux choix sexuels.

La dysmorphophobie corporelle: symptômes et diagnostic

La dysmorphophobie est une pathologie actuellement sous-étudiée, car elle est souvent minimisée et peu de malades consultent un psychiatre pour de tels troubles liés à l’image de soi-même.

Lorsque la dysmorphophobie s’inscrit dans la durée, elle s’accompagne d’un isolement social progressif et de l’apparition de Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC): rituels de vérification (ex vérifier 100 fois que la fenêtre ou la porte est fermée), rituels de lavage (ex se laver les mains plus de 20 fois par jour, rituels de conjuration (ex: répéter des phrases ou des gestes dont on est persuadé qu’ils serviront à protéger ceux qu’on aime).

Voici les 4 critères principaux pour reconnaître une dysmorphobie (selon l’American Psychiatric Association):

-préoccupation excessive sur une ou plusieurs parties de son corps, focalisation sur des défauts physiques mineurs réels ou imaginaires;

-présence de troubles obsessionnels compulsifs (TOC);

-isolement social et familial, refus de participer à des activités sportives ou de loisirs;

-si le patient consulte pour des désordres liés à l’alimentation (anorexie ou boulimie), préoccupation excessive sur une ou plusieurs parties de son corps qui ne sont pas justifiées par un surpoids pondéral.

Parfois, les défauts physiques imaginaires peuvent se focaliser sur des défauts non visuels, comme des odeurs corporelles, comme par exemple, la conviction d’avoir une haleine fétide.

Les paroles rassurantes des proches (« mais non, tu es belle ma chérie ») sont souvent inopérantes. La présence de ces symptômes surtout chez l’adolescent ne doivent pas être minimisés et doivent conduire à une consultation avec un psychiatre. En effet, 80% des patients souffrant de dysmorphophobie corporelle ont des idéations suicidaires et 24 à 28% d’entre eux ont déjà fait une tentative de suicide.

Source: Freepik

La dysmorphophobie corporelle: des pistes de traitement

Une étude récente révèle que les personnes touchées par des troubles de dysmorphie corporelle souffrent d’une faible connexion entre deux parties de leur cerveau. Renforcer ces connexions grâce à la thérapie comportementale et cognitive pourrait être une solution pour soigner la maladie. La thérapie comportementale et cognitive vise à, progressivement, dépasser les symptômes invalidants, tels les rituels, les vérifications, le stress, les évitements, les inhibitions, les réactions agressives, les cognitions erronées, les pensées automatiques dysfonctionnelles ou la détresse à l’origine de souffrance psychique. Par ailleurs une thérapie comportementale et cognitive vise à accompagner la personne dans l’acquisition de compétences utiles pour faire face à de nouvelles difficultés.

Une étude a également montré que des techniques comme l’EMDR (Eye movement desensitization and reprocessing) peuvent présenter un intérêt dans le traitement de la dysmorphophobie corporelle. L’EMDR, autrement dit reprogrammation et désensibilisation par le mouvement de l’œil, est une sorte d’hypnose au cours de laquelle on fait suivre un pointeur à une personne pour lui faire pratiquer toute une série de mouvements avec les yeux. Cette gymnastique oculaire permettrait d’agir sur les neurones et le cerveau et ainsi d’estomper certaines blessures et traumatismes.

Une page Facebook pour parler de dysmorphophobie corporelle : https://www.facebook.com/solidaritedysmorphophobie/

Sources:

Recognizing Body Dysmorphic Disorder (Dysmorphophobia)

Suicidality in Body Dysmorphic Disorder

Brain connectivity in body dysmorphic disorder compared with controls: a diffusion tensor imaging study

Body Dysmorphic Disorder: Seven Cases Treated with Eye Movement Desensitization and Reprocessing


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